Dr. Philippe Chapaux Vétérinaire – 11° candidat sur la liste Ecolo plus Soumagne

1. Introduction

Le bien-être animal est une préoccupation du groupe Ecolo plus Soumagne qui souhaite voir cette compétence ajoutée à celles de l’échevin de l’environnement. Le sujet est d’actualité puisque le Gouvernement Wallon vient d’adopter le code wallon du bien-être animal. Le but de cet article est d’essayer de définir le bien-être animal, d’étudier l’évolution des changements importants dans sa perception et de faire le point sur la prise en compte du bien-être animal dans notre société.

2. Qu’est-ce que le bien-être?

Pour les « humains » le bien-être est un état d’équilibre entre la santé, la réussite sociale ou économique, le plaisir, qui permet l’harmonie avec soi-même et avec les autres et donc la satisfaction des besoins du corps et de l’esprit.

Pour les animaux, le bien-être animal est une notion selon laquelle toute souffrance animale inutile devrait être évitée en particulier lors de l’utilisation et l’exploitation des animaux par les êtres humains.

Pour l’organisation mondiale de la santé animale (OIE) le bien-être animal doit permettre aux animaux « d’être épargnés de la faim, de la soif, de la malnutrition, de la peur et de la détresse, et de l’inconfort physique et thermique, de la douleur, des blessures et des maladies, et également d’être libre d’exprimer de modes normaux de comportement ».

Donc, pour les « humains » le bien-être implique la pleine satisfaction des besoins, tandis que pour les animaux, le bien-être c’est principalement d’être épargnés, si possible de différentes souffrances, dans le cadre de l’utilisation et de l’exploitation des animaux.

En fait, l’approche que nous avons du bien-être animal est une approche anthropocentrée. A priori, nous considérons que la primauté et la supériorité des humains sont dans l’ordre des choses, nous soutenons que la nature a pour fonction de servir les besoins et les intérêts des humains.

La plupart des philosophies et religions occidentales ont contribué par ailleurs à la construction de ce type de rapport entre l’homme et l’animal, plaçant l’homme au sommet de la création, opposant les concepts de nature et de culture.

Tout qui détient un chien ou un chat « sait » que son animal de compagnie est un être sensible parce qu’il est capable d’exprimer et de ressentir des émotions, « sait » qu’il est intelligent parce qu’il est capable d’apprendre ou d’adapter son comportement à une situation nouvelle et « sait » que les liens qui se créent, procurent du bien être à l’homme et aux animaux.

Si ce savoir est vrai pour les animaux de compagnie, on comprend difficilement qu’il ne puisse pas être vrai aussi pour les autres animaux.

Pour ces raisons, nous sommes de plus en sensibles au sort des espèces protégées (baleines, ours, loups, rhinocéros,..) ou des espèces dont nous nous nourrissons (vaches, cochons, moutons, volailles…).

La différence de traitement et de considération entre les animaux de compagnie et les autres animaux nous semble inéquitable et donc inacceptable.

Néanmoins, l’homme, un animal parmi d’autres, est omnivore, a des besoins nutritionnels importants en protéines et élève depuis la nuit des temps des animaux pour s’en nourrir.

Même si la part des protéines d’origine animale pourrait être réduite dans l’alimentation humaine, se nourrir d’animaux est donc en général admis comme nécessaire pour l’homme.

Aujourd’hui ce qui change profondément le regard des consommateurs ce sont des vidéos tournées dans des abattoirs ou dans des exploitations industrielles et la nombreuse littérature montrant et décrivant des maltraitances intolérables. Bien sûr, celles-ci ne sont pas généralisées, mais pour le consommateur, un lien s’établit entre la viande qui est dans son assiette et l’animal dont il provient.

Par ailleurs, depuis une vingtaine d’années, on parle de plus en plus des productions animales (de type industriel).

Dans ces unités de production, le rapport émotionnel et culturel qu’ont les éleveurs depuis toujours avec les animaux (qu’ils élèvent, protègent et auxquels ils sont attachés, même si ils sont finalement abattus pour la consommation humaine), est remplacé par un rapport strictement économique. L’ animal est considéré comme un objet, une marchandise et non comme un être vivant. Cette évolution ne procure de bien-être ni aux éleveurs, ni aux animaux.

L’industrialisation des productions animales, bien plus que l’élevage traditionnel à des conséquences environnementales importantes (https://soumagne.ecolo.be/2018/09/27/rechauffement-climatique-role-de-lelevage-2/).

Ces différentes raisons amènent beaucoup de consommateurs à réduire leur consommation de viande et, pour certains, à exiger au nom du bien-être animal et de la protection de l’environnement purement et simplement la fin de l’élevage.

Cependant, ce qu’il faut condamner ce ne sont pas les éleveurs, ni le principe même de l’élevage mais l’industrialisation des productions animales qui nuit au bien-être animaux comme à celui des éleveurs et nuit aussi à l’environnement.

3. La cause du bien-être animal progresse-t-elle ?

Oui malgré ce qui vient d’être écrit. Le débat actuel au niveau de la société sur le bien être-animal a amené des progrès importants. Les animaux sont reconnus maintenant comme des êtres sensibles qui doivent être bien traités. Même si ces reconnaissances sont surtout des recommandations et que les progrès qui restent à faire sont immenses, elles constituent néanmoins une avancée considérable. Pour rappel, il a fallu attendre 1789 et la révolution française pour la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen,1948 pour que l’assemblée générale de Nations Unies adopte la Déclaration des Droits de l’Homme (incluant implicitement le droit des femmes) et 1989 pour l’adoption la Convention des Droits de l’Enfant.

Il faut souligner qu’en Wallonie, le gouvernement a approuvé récemment le code wallon du bien-être animal (http://www.wallonie.be/fr/actualites/adoption-definitive-du-code-du-bien-etre-animal) qui vise à assurer la protection et le bien-être des animaux, en tenant compte de leurs besoins physiologiques et éthologiques ainsi que de leur rôle au sein de la société. Ce code réglemente la détention des animaux, précise les pratiques interdites, les conditions de transport, d’abattage d’expériences sur les animaux et prévoit des sanctions sévères en cas de maltraitance. Dans ce domaine la Wallonie est tout à fait pionnière et il faut s’en réjouir.

Bibliograhie

J.PORCHER, Vivre avec les animaux, une utopie pour le 21°siècle,Editions La découverte, Paris 2014.

V.CHAPAUX,L.WEYERS, Mise en scène et réalité des rapports juridiques entre animaux humains et non humains, E- legal.ulb, volume n°1, 2018 http://e-legal.ulb.be/auteurs/vincent-chapaux

ORGANISATION DE LA SANTE ANIMALE, Introduction sur les recommandations relatives au bien-être animal, code sanitaires, articles 7.11 et 7.12.

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